Une plongée dans la céramique intuitive avec l’artiste Julien Brault

L'artiste aime utiliser des archétypes animaux, mais il avoue être davantage guidé par des pulsions intérieures. Photo : Morgane GAUVIN

La Société d’histoire de la Baie-James accueille jusqu’au 5 décembre, Mystère au sol, la nouvelle installation éphémère de l’artiste local Julien Brault. Une occasion rare de découvrir un créateur dont la démarche, profondément intuitive et spirituelle, s’enracine dans les forces enfouies de la matière et de l’inconscient. Accessible durant les heures d’ouverture de la SHBJ, l’exposition invite les visiteurs à un dialogue intérieur qui ne laissera personne indifférent.

Depuis l’enfance, Julien Brault explore les mystères du sol manipulant pierres, fossiles et matières trouvées comme d’autres jouent avec des crayons. Cette sensibilité précoce pour la transformation lui ouvre rapidement des voies multiples comme les travaux manuels, expérimentations, ébénisterie, puis une réorientation esthétique plus radicale à partir de 2017. Cette année-là, après une retraite de méditation et une rencontre marquante, il reprend un pastel en main, un geste simple qui rallume en lui une pulsion créative brute.

Avant la céramique, Brault crée durant sept ans des œuvres monumentales vouées aux flammes dans le cadre d’évènements inspirés du mouvement Burning Man à Chibougamau. Effigies géantes, structures de bois et de papier mâché, rituels collectifs : autant de créations éphémères qui lui apprennent la poésie du lâcher-prise et la force symbolique de la destruction. Mais en 2023, un point tournant s’impose. Il reçoit le prix Coup de cœur du jury au Symposium du Nord-du-Québec pour Vision nocturne. Dans le même élan, il ressent l’appel d’un médium plus durable. « Je voulais passer à autre chose, créer quelque chose qui n’allait pas être détruit. Je voulais passer à un médium qui pouvait être potentiellement éternel. »

C’est ainsi que la céramique s’impose. Un médium exigeant, cyclique, où chaque cuisson devient épreuve et renaissance. « Travailler l’argile, y’a vraiment quelque chose de méditatif là-dedans et c’est tactile. Le niveau de difficulté pour faire les cuissons, les séchages jusqu’au résultat final, ça me garde stimulé », m’expliquait-il lors de notre rencontre.

Le masque, pièce centrale de son exposition, devient alors un seuil entre le visible et l’invisible, un objet psychique actif qui renvoie chacun à sa propre intériorité. Mystère au sol poursuit cette exploration, tout en renouant avec la matière première de ses débuts. « J’aime utiliser les archétypes animaux, mais je n’ai pas de ligne directrice. Ce sont des pulsions intérieures qui me guident. »

Cette exposition, modeste en durée, mais riche en symbolique, offre une expérience intime. On traverse un territoire où l’enfance, le rituel, la transformation et le rêve se rencontrent dans la texture même de l’argile. Julien Brault y propose un voyage sensoriel et introspectif, une invitation à contempler nos propres masques et à laisser émerger ce qui sommeille sous la surface.

Pour ceux qui aiment l’art qui interroge, qui déplace, qui touche à l’essentiel, Mystère au sol s’annonce comme un rendez-vous incontournable.

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