Le 23 janvier dernier, le gouvernement du Québec dévoilait la Stratégie québécoise pour la valorisation des minéraux critiques et stratégiques et son plan d’action 2025-2031. Le directeur général de l’Association de l’exploration minière du Québec constate des améliorations à la précédente stratégie tout en émettant certains doutes.
« Il s’agit d’un plan intéressant, dans la mesure où il permet de mieux comprendre ce que le gouvernement souhaite accomplir et la direction qu’il entend donner au développement du secteur. Plusieurs orientations vont dans le bon sens. La question centrale sera toutefois celle de la mise en œuvre concrète sur le terrain », explique en entrevue Alain Poirier, directeur général de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ).
Approche plus large
Lors de l’annonce, le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, a mentionné que « cette stratégie nous permettra, dans le contexte géopolitique actuel, de saisir les nombreuses occasions de développement qui s’offrent à nous ».
Selon le gouvernement provincial, qui y injecte 88,1 M$, la Stratégie 2025-2031 marque un changement d’échelle. « Elle vise à accélérer les projets, à renforcer la transformation et le recyclage des minéraux au Québec et à consolider la réputation de partenaire fiable, responsable et stratégique de la province pour ses alliés économiques. »
Le directeur général de l’AEMQ y voit une nouvelle approche. « Contrairement au plan précédent, qui misait surtout sur une série de cibles à atteindre en matière de développement des minéraux critiques et stratégiques, la nouvelle stratégie adopte une approche plus large. Elle reconnait enfin que le développement des MCS ne dépend pas uniquement des objectifs industriels ou économiques, mais aussi de l’environnement règlementaire et administratif dans lequel
évoluent les projets. »
Accélérer le développement de projets
Questionné sur les impacts que peut avoir cette nouvelle stratégie sur l’industrie de l’exploration minière dans le Nord-du-Québec, Alain Poirier y voit certains avantages.
« En s’attaquant à des enjeux comme la lourdeur administrative, la multiplication des autorisations et le manque de prévisibilité, la stratégie a la capacité d’accélérer et sécuriser le développement des projets de MCS sur le territoire, à condition que ces intentions se traduisent par des mesures concrètes et applicables sur le terrain. »
Il émet cependant certains doutes sur sa mise en œuvre et croit que le gouvernement provincial devra poser certaines actions.
« Cela dit, au regard de l’expérience des dernières années et de l’alourdissement réel du cadre règlementaire observé pendant la mise en œuvre du premier plan, il est permis de douter de la capacité du gouvernement à atteindre cette cible sans changements concrets et mesurables dans ses façons de faire. Les intentions sont là, mais le succès reposera entièrement sur la cohérence entre le discours et l’action sur le terrain. »
Le directeur général ajoute que « dans les conditions actuelles, j’ai de sérieux doutes quant à une réelle accélération des projets de MCS. Des changements majeurs sont nécessaires pour que les intentions se traduisent en résultats concrets. Si le passé est garant de l’avenir en matière administrative et règlementaire, ces doutes risquent de se confirmer, et il est fort possible que nous ayons encore les mêmes discussions lors du prochain cycle stratégique, en 2032-2037 », se questionne Alain Poirier.
Quant à la situation avec les États-Unis, M. Poirier fait le constat suivant : « Il est difficile de prévoir l’évolution de la situation aux États-Unis, mais un nouvel ordre économique mondial est en train de s’installer et les minéraux critiques en sont un des piliers. Le Québec pourrait en tirer parti, mais seulement s’il va bien au-delà d’un simple plan sur les MCS et s’attaque de front aux enjeux structurels qui freinent actuellement le développement des projets. »
Cohérence gouvernementale
« Le Québec dispose de tous les atouts pour se positionner avantageusement sur la scène mondiale en matière de minéraux critiques et stratégiques : une géologie exceptionnelle, une main-d’œuvre hautement qualifiée, des connaissances reconnues et un écosystème de recherche solide. » Pour Alain Poirier, l’enjeu est dans la cohérence gouvernementale et l’administration du cadre règlementaire.
« Avec le fonctionnement actuel, le Québec ne peut pas prétendre devenir une véritable puissance minérale et ce ne sont pas quelques ajustements cosmétiques qui changeront la donne. Ce qu’il faut, ce sont de réels changements structurels dans l’ensemble de l’appareil gouvernemental. Le développement des MCS ne relève pas d’un seul ministère, mais bien d’une vision cohérente et partagée à l’échelle de l’État », conclut le dg de l’AEMQ.


