Un sondage mené auprès des médecins omnipraticiens de la région indique que 70 % d’entre eux se questionnent sur leur avenir et sur leur type de pratique. La raison : la Loi 2 adoptée sous bâillon, le 25 octobre dernier, changeant le mode de rémunération des médecins.
Un sondage inquiétant
Le sondage mené par l’Association des médecins omnipraticiens du Nord-Ouest (Abitibi-Témiscamingue et Nord-du-Québec) est frappant. Celui-ci, envoyé à tous les médecins omnipraticiens des deux régions, a enregistré un taux de participation d’environ 50 %, ce qui représente 109 médecins. Parmi ceux-ci, 30 ont révélé songer à une retraite anticipée, 28 à exercer dans une autre province, 21 à quitter la première ligne, et 20 à abandonner complètement la médecine.
Évidemment, partout au Québec, les médecins sont frustrés contre le gouvernement. « Rappelez-vous, depuis l’ère Barrette, on s’est fait traiter de paresseux, on s’est fait traiter de personnes qui n’avaient pas à cœur de faire notre travail, de ne pas voir les patients. S’il y en a, des orphelins, c’est pas rien que de notre faute, on en suit plusieurs, puis on essaie de bien le faire. Mais à un moment donné, quand on dit au Québec qu’il manque 2 000 omnipraticiens, on ne peut pas les inventer non plus », affirme Dr Martin Lépine, membre du C.A. de l’Association des médecins omnipraticiens du Nord-Ouest et médecin responsable de la clinique La Grande Ours. Selon lui, la réforme actuelle s’ajoute à des années de discours dévalorisants. « Les médecins de famille, surtout en région, continuent souvent par passion, mais quand on se fait pointer du doigt et qu’on voit le gouvernement agir sans dialogue, plusieurs finissent par décrocher », plaide-t-il.
La Loi 2
Adoptée sous bâillon le 25 octobre dernier, la Loi 2 modifie la façon dont les médecins sont rémunérés. Une partie de leur revenu, soit environ 15 %, dépend désormais non seulement du nombre de patients qu’ils prennent en charge, mais aussi du nombre de patients pris en charge par leurs collègues à travers la province. La mesure vise à inciter les médecins à accepter davantage de patients orphelins, mais plusieurs omnipraticiens estiment qu’elle ne tient pas compte des réalités du terrain, notamment en région. Le Dr Lépine déplore, entre autres, l’absence de consultation. « Le ministère avait déjà des projets pilotes en cours dans certaines régions, comme la Gaspésie, pour tester de nouveaux modèles de rémunération. Plutôt que d’en tirer des leçons, Québec a préféré imposer une loi mur à mur », soutient-il. Le médecin souligne également l’effet dissuasif sur la relève. « Quand les étudiants en médecine voient comment les omnipraticiens sont traités, ils se détournent de la médecine familiale. » Il estime en outre qu’à long terme, la pénurie n’en sera qu’aggravée.
La Grande Ourse en péril ?
En entrevue, le Dr Lépine explique que la clinique médicale La Grande Ours est financée par les médecins qui y pratiquent. Ceux-ci sont environ 15 spécialistes de la santé à verser une partie de leur salaire afin de maintenir la clinique, qui coute environ 500 000 dollars par année à opérer. Or, avec la loi 2, le gouvernement met la hache dans la rémunération des médecins. L’article 110 de cette loi le confirme : l’enveloppe budgétaire globale pour la rémunération des médecins omnipraticiens au Québec passe de 3,03 milliards à 2,8 milliards de dollars. Bien que ces chiffres semblent immenses, ils représentent des coupes importantes dans le salaire de chaque médecin. Si ces coupes ont bel et bien lieu, ces derniers pourraient cesser de pratiquer dans des cliniques médicales, comme La Grande Ours, pour quitter la région ou se réorienter seulement dans les hôpitaux, ce qui pourrait mettre en péril la médecine familiale à Chibougamau.
Où est le député ?
Le député d’Ungava, Denis Lamothe, a décliné notre demande d’entrevue à propos de la Loi 2, renvoyant les questions au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, qui n’a pas donné suite. M. Lamothe a indiqué ne pas être la personne la mieux placée pour commenter cette législation. Il a cependant accepté de rencontrer la directrice territoriale de médecine familiale du Nord-du-Québec, Josée Brassard, afin qu’elle puisse lui exposer les réalités régionales particulières à notre région, ainsi que les inquiétudes des médecins du Nord-du-Québec face à la nouvelle loi.


