Pour la mairesse de Chibougamau, Nichèle Compartino, la ville de Chibougamau est encore et toujours une ville sécuritaire. Le phénomène de l’itinérance dans la ville fait couler beaucoup d’encre, mais ce n’est pas une situation qui met en danger la population.
L’itinérance est un sujet que la nouvelle mairesse de Chibougamau aurait voulu aborder durant sa campagne électorale, mais Mme Compartino a été élue par acclamation et n’a pas pu partager sa vision sur certains sujets avec la population. Le problème de l’itinérance en faisait partie. Elle est consciente qu’il y a un problème à Chibougamau, une réalité qui est apparue depuis quelques années, mais cette nouvelle réalité de l’itinérance se fait aussi remarquer dans plusieurs municipalités québécoises de grandeur similaire comme Roberval au Lac St-Jean, par exemple. Cette nouvelle réalité avec laquelle doivent jongler les élus provoque un certain sentiment d’insécurité dans les municipalités, insécurité qui est accentuée par les réseaux sociaux, selon Mme Compartino. « Ce sentiment d’insécurité que l’on voit, selon moi, est enflé par le phénomène des médias sociaux. Parce que, quand on regarde les données, on s’aperçoit qu’il y a une incohérence. Nous sommes en sécurité dans notre communauté. »
Statistiques contradictoires
Quand on regarde les données, elle constate qu’il y a une certaine incohérence. Il n’y a aucune augmentation des crimes contre la personne, d’après les dernières statistiques. « Les gens qu’on voit dans la rue peuvent avoir des enjeux de santé mentale ou/et de consommation, ce qui a pour effet de créer un sentiment d’insécurité et nous rend mal à l’aise », lance-t-elle. Cependant, il est vrai que les crimes contre la propriété ont, eux, augmenté. Il y a eu une vague de vols, mais je ne suis pas certaine que l’on puisse associer cette vague avec l’itinérance visible du centre-ville. »
Nouvelle cellule
Une cellule sur l’itinérance et la cohabitation sociale a été lancée dernièrement et les intervenants auront à se pencher sur la question. Le groupe de travail sera chargé de trouver des solutions pour améliorer la coexistence entre les personnes en situation d’itinérance et le reste de la communauté. Avec l’arrivée du temps froid, la halte chaleur a débuté ses opérations. Est-ce que cette initiative pourrait être en fonction toute l’année ? « Ça va faire partie des scénarios qui seront analysés par les acteurs de la cellule. On veut aussi regarder ce qui s’est fait ailleurs dans d’autres municipalités comme Val-d’Or, Roberval, qui sont aux prises avec des enjeux d’itinérance qui sont similaires au nôtre. » Parce que la mairesse est catégorique, la situation n’est pas unique à Chibougamau, la crise de l’itinérance touche l’ensemble du Québec et est en partie causée par la crise du logement et les gens qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale qui se retrouvent à la rue.
Il ne faut pas oublier aussi que Chibougamau est une ville de services. « Nous sommes une ville centrale. Les gens vulnérables vont rarement en région éloignée. Ils convergent vers la ville de services. Nous sommes cette ville de services pour notre région. Nous avons tendance à l’oublier. La clientèle vulnérable, c’est évident qu’elle passe par Chibougamau. » Elle considère que la population est chanceuse d’avoir plus de services que dans les autres villes, mais ça vient aussi avec son lot de responsabilités par rapport à une clientèle plus vulnérable. Il faut parler d’itinérance, mais aussi de cohabitation sociale. « Il ne sera pas possible d’éliminer complètement l’itinérance, mais au moins d’essayer de la contenir et de cohabiter avec le phénomène de manière à ce que tous soient confortables. »
Signaler
Si la population se sent insécure par rapport à des gens qui sont présents au centre-ville ou qui leur font peur, elle peut acheminer des plaintes. « Il faut rapporter les incidents aux policiers, car ça leur permet d’intervenir, mais aussi de documenter ce qui se passe dans la communauté et, ça, c’est très important pour ensuite valider les ressources dont nous avons besoin. » Il faut comprendre que, pour demander de l’aide et des ressources supplémentaires, les autorités doivent avoir des statistiques à présenter pour appuyer leurs demandes.
Itinérance non visible
Il ne faut pas passer à côté de l’itinérance qui est moins visible, mais qui est bien présente aussi à Chibougamau. « Pour une personne itinérante visible dans la ville, il y a 45 itinérants invisibles. On entend par là des personnes qui sont sans logement stable, qui parviennent à se loger, mais de peine et de misère. Il y en a même qui se regroupent et dorment à plusieurs dans une voiture, par exemple. Des gens qui logent d’ami en amis sans avoir d’adresse fixe. Cette clientèle, qui n’est pas visible, a également besoin d’aide. Elle est cependant plus facile à raccrocher que ceux qui sont dans la rue » , nous dit la mairesse.
Depuis quelques années, notre municipalité change et de nouveaux phénomènes apparaissent. Souvent les problématiques sont amplifiées par les médias sociaux et le problème de l’itinérance doit être abordé avec un certain recul. Une chose est certaine pour la nouvelle mairesse : « La sécurité, ce n’est pas un sujet qui doit être politisé. C’est une responsabilité collective. »


