Exportation des minéraux critiques – Le tronçon Lebel–Chapais stratégique

Le tronçon de voie ferrée entre Lebel-sur-Quévillon et Chapais doit être rétabli, si le projet venait à voir le jour. Image : Olivier Hébert

Le Bloc québécois propose un ambitieux projet pour acheminer les minéraux critiques du Nord vers l’Europe via Port Saguenay: le Corridor du Nord canadien. La solution la plus réaliste passe cependant par la remise en état du tronçon ferroviaire entre Lebel-sur-Quévillon et Chapais.

« La porte de sortie idéale »

Il y a quelques semaines, les députés bloquistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont présenté le projet de Corridor du Nord canadien. Ce vaste projet, dont l’origine exacte demeure floue, pourrait grandement faciliter l’exportation des minéraux critiques et stratégiques des territoires nordiques ontarien et québécois vers les marchés européens. Selon les députés du Bloc, un des principaux freins à l’investissement minier dans le nord est le manque de portes de sortie pour l’exportation du produit. Deux options s’offraient alors afin de trouver une voie pour l’exportation des minéraux critiques vers l’Atlantique. La première ? Construire des infrastructures permettant de transporter les minéraux jusqu’à la baie d’Hudson, pour ensuite les envoyer par bateau vers l’Europe. La deuxième, beaucoup plus simple selon Mario Simard, député de Jonquière, serait d’analyser la possibilité d’utiliser le chemin de fer déjà existant dans le nord de l’Ontario et du Québec pour aller rejoindre Port Saguenay, où les infrastructures en eaux profondes permettent un accès facile aux bateaux de cargaisons qui pourront ensuite naviguer vers le continent européen. Instigateur du projet, M. Simard explique que « l’appétit au gouvernement fédéral est vraiment là ». Cependant, il reste un bémol avec l’utilisation de ladite voie ferrée. Le tronçon entre Lebel-sur-Quévillon et Chapais doit être remis en état de fonctionnement. De plus, certaines ententes devront être prises avec des entreprises privées en ce qui concerne certains secteurs du tracé, notamment avec Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La mairesse de Chibougamau favorable

Depuis le début des pourparlers, plusieurs rencontres entre les élus des trois paliers de gouvernement ont eu lieu. En général, tous semblent emballés par l’idée du chemin de fer déjà existant. « C’est sûr qu’un oléoduc, à titre d’exemple, au Québec, n’est peut-être pas stratégique, mais une voie ferrée déjà existante, qui a déjà laissé une empreinte, est-ce qu’on ne pourrait pas regarder l’opportunité de développer cette infrastructure-là qui pourrait être stratégique ? » affirme avec conviction Manon Cyr. Son avis est partagé par le maire de la ville voisine, qui affirme que « Ce serait un facteur très positif pour aider à rouvrir la mine à Chapais. »

Même si elle se dit favorable à l’idée, la mairesse Manon Cyr rappelle qu’on ne doit pas seulement penser au transport, mais aussi à la transformation. « Port Saguenay, ce qu’on leur a rappelé, c’est qu’il faut s’assurer que la transformation des minéraux ou des métaux se fasse le plus près possible du site [minier] pour diminuer la quantité de GES transmis et diminuer la quantité de transport », poursuit-elle. Selon elle, la réfection du tronçon de chemin de fer entre Lebel-sur-Quévillon et Chapais permettrait de réduire le camionnage sur les routes 113 et 167, ce qui aurait inévitablement pour effet de prolonger leur durée de vie, en bon état. Le maire de Chapais, Jacques Fortin, abonde dans le même sens. Selon lui, « la voie ferrée permettrait d’alléger grandement la route 113 et pourrait diminuer le transport lourd de 50 % » sur cette route qui traverse la région sur le plan est-ouest. Lorsqu’interrogé à savoir s’il pense qu’un tel projet pourrait être approuvé par le gouvernement régional, M. Fortin semble optimiste. « Au niveau des maires de la région, c’est certain qu’il n’y aura pas d’opposition. Au niveau des Cris, je ne pense pas qu’il y ait d’opposition non plus, mais il y a surement des ententes à avoir. »

En plus du rétablissement du tronçon Quévillon-Chapais, la mairesse de Chibougamau a aussi rappelé l’importance d’avoir des cours de transbordement le long du corridor. Selon elle, il devrait y en avoir une à Chibougamau, mais il pourrait même y en avoir une à Chapais. Mme Cyr affirme que la solution pour alléger le transport lourd au centre-ville de Chibougamau et sur les routes de la région est d’avoir une cour de transbordement permettant aux camions de transférer leur marchandise vers des trains, qui pourraient, par la suite, descendre vers le sud de la province. Jacques Fortin est aussi de cet avis, affirmant que Chapais étudie présentement l’idée d’avoir une cour de transbordement. « La réouverture du chemin de fer serait un facteur très positif. Ça permettrait à Chapais d’avoir sa part », conclut le premier magistrat.

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