Si la consultation du Comex à Lebel-sur-Quévillon sur la mine d’or Windfall ressemblait à une simple formalité, à Waswanipi, les représentants de la mine ont dû répondre à de sévères critiques.
Le Comex, où siègent des représentants des gouvernements québécois et cri, a été créé en vertu de la Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ). Son mandat est de faire des recommandations sur des projets de développement au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ou à l’Administrateur régional cri.
Dans ce cas-ci, la consultation portait sur le projet aurifère souterrain de la minière sud-africaine Gold Fields, à 115 kilomètres de Lebel-sur-Quévillon et 80 km de Waswanipi. Il s’agirait d’une 25 mines à plus haute teneur au monde. Durant son espérance de vie de dix ans, on y produirait annuellement 306 000 onces d’or. Selon les chiffres fournis par Gold Fields, la mine emploierait 700 personnes pour les activités d’exploitation et 350 travailleurs de plus, engagés par des entrepreneurs, soutiendront les activités minières. À Windfall, les salaires moyens se situeront autour de 110 000$; le projet devrait générer 70 M$ en taxes sur 12 ans.
Retombées et impacts
À Lebel-sur-Quévillon comme à Waswanipi les 21 et 29 avril, les questions et commentaires portaient sur les retombées économiques et les impacts environnementaux. Mais à Lebel, les citoyens étaient plutôt, neutres, à la recherche d’informations, hormis le maire Guy Lafrenière et un de ses prédécesseurs, Gérald Lemoyne, qui ont appuyé avec enthousiasme l’avènement de la mine. « C’est un investissement industriel majeur qui a le potentiel de transformer notre économie locale et régionale », a dit M. Lafrenière. Il a parlé des investissements de Gold Fields dans le parc industriel et l’aéroport municipal, des politiques d’approvisionnement favorisant les fournisseurs locaux.
À ce jour, 25 compagnies quévillonnaises auraient bénéficié de la présence du projet aurifère.
Manque de communication
Au Fitness Centre de Waswanipi, la teneur des commentaires étaient globalement négative. La compagnie se faisant reprocher son manque de communication, de respect de l’environnement et d’emplois donnés à la population locale. John Kitchen, entrepreneur et ancien candidat à la chefferie de Eeyou Istchee, a parmi de nombreux griefs, souligné l’absence d’objectifs de Gold Fields en termes d’employés locaux et de montants garantis pour les sous-contractants locaux.
Entre 20 et 25% des employés de Windfall sont autochtones, a précisé la vice-présidente environnement et relations communautaires de Gold Fields, Andréanne Boisvert.
Un nombre insuffisant, selon Kitchen, appuyé par Judy Trapper, épouse d’un des maitres de trappe dont le territoire est affecté par le projet minier.
Au total, 400 M$ en contrats ont été accordés à des compagnies des Premières Nations entre 2018 et 2025, selon des chiffres de Gold Fields, qui ne précisent pas combien d’entre elles étaient de Waswanipi. « Le contenu local est une des variables dans l’évaluation quand nous sélectionnons des entrepreneurs, a toutefois ajouté Mme Boisvert. […] Et l’objectif est d’augmenter la participation [des entrepreneurs locaux]. »
Lignes de trappe
Eliane Grant est la directrice des ressources naturelles de Waswanipi et nièce d’un ancien maitre de trappe de la ligne 25B, mise en cause par le projet minier. « Je voudrais que tout le monde comprenne que cette mine, et que tous les avantages qui vont avec, proviennent d’un sacrifice, le sacrifice de ma famille a dit Mme Grant. Mais je suis confortable avec ça. C’est pour le bien de la communauté. Je ne suis pas contre le développement. Je suis contre le développement qui est fait sans respect. Ça signifie que les questions que nous posons doivent recevoir des réponses. J’ai encore des questions pour lesquelles je n’ai jamais reçu de réponse. »
Mme Grant a notamment questionné la minière sur la préservation des habitats naturels des animaux, sur le niveau de décibels qui peut les affecter et sur l’emplacement choisi pour le stockage de résidus. « La décision de rejeter le site 7F sur la base de la proximité avec des espèces protégées est questionnable », analyse Mme Grant.
Selon elle, le site privilégié, 8F, est près d’un habitat du caribou forestier, et les arguments écologiques pour justifier ce choix sont irrationnels.
« Nous, la famille, n’avons pas été consulté. Les travaux ont même commencé sans nous laisser de choix. »
Mme Boisvert a élaboré sur les critères sociaux, environnementaux, techniques et économiques qui ont guidé le choix de 8F.
Lac Simon
La Première Nation du Lac Simon n’est pas signataire de la CBJNQ mais son territoire est affecté par le développement de Windfall et ses représentants ont participé aux deux audiences publiques. « Près de la route 113, des familles ont des camps et il y a déjà de la poussière », a rapporté un membre du conseil de Lac Simon. « Ça va affecter les animaux que nous mangeons, les lapins, les perdrix particulièrement, les castors, les poissons et la qualité de l’eau. »
L’analyste en environnement de la nation anishnabe de Lac Simon, Rachel Pelletier, a souligné que ses membres sont préoccupés par les effets cumulatifs de la mine sur la nature et par ses impacts sur l’eau. « Plus de 50 incidents environnementaux sont arrivés dans les cinq dernières années sur le site […], comme des déversements de produits chimiques, des problèmes techniques, a fait savoir Mme Pelletier, et c’est sans compter ce qui a pu arriver en dehors de Windfall, sur la route. Au moins deux accidents enregistrés sur la route principale allant au site s’ajoutent à ça, avec des camions qui ont déversé du diesel et des produits chimiques et d’autres choses dans l’eau et dans l’environnement. Ça signifie que le risque zéro n’existe pas. C’est arrivé durant la phase d’exploration et ça va se reproduire, c’est sûr. »
Mesures de précaution
En réponse, la vice-présidente environnement et relations communautaires de Gold Fields a énuméré les mesures de précaution environnementale de son entreprise. « Nous participons à différents comités où nous présentons notre performance aux utilisateurs du territoire autour de Windfall. C’est une façon transparente de s’assurer que nous sommes tenus imputables de nos actes. […] Chaque fois qu’il y a un déversement, nous nettoyons et nous nous assurons de disposer de manière adéquate des sols contaminés et d’archiver tous les événements qui se produisent sur le site. Nous avons aussi un plan d’intervention d’urgence […] et nous faisons des simulations d’incidents pour nous améliorer, pour être prêts à intervenir. »
Une remorque est prête en permanence avec tout l’équipement nécessaire pour remédier à un déversement a ajouté Mme Boisvert, soulignant en outre que Gold Fields a cessé ses relations avec des fournisseurs n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour la protection de l’environnement. « Nous sommes très proactifs à réagir si nous sommes insatisfaits des résultats », assure Mme Boisvert.
Le public a jusqu’au 22 mai 2026 pour déposer un mémoire ou transmettre des questions.


