Liaison par autobus : Chibougamau refuse de perdre son lien

D’ici la fin de l’année 2026, il est plus que probable que le circuit d’autobus Intercar entre Saint-Félicien et Chibougamau soit suspendu de façon définitive. (Photo courtoisie)

La demande d’Intercar visant à abandonner la liaison par autobus entre Saint-Félicien et Chibougamau suscite une opposition ferme de la mairesse de Chibougamau, Nichèle Compartino. Au-delà de la décision de l’entreprise, elle dénonce un modèle de financement qui, selon elle, ne tient pas suffisamment compte des besoins des régions éloignées. La municipalité compte intervenir auprès de la Commission des transports du Québec pour défendre ce service qu’elle juge essentiel.

La liaison par autobus entre Saint-Félicien et Chibougamau pourrait disparaître si la Commission des transports du Québec autorise Intercar à abandonner le service. C’est ce que désire le président de l’entreprise, Hugo Gilbert, qui expliquait sa décision par la non-rentabilité de ce circuit.

La mairesse de Chibougamau, Nichèle Compartino, entend s’opposer à cette éventualité et réclame une réflexion plus large sur le financement du transport interurbain au Québec.

« Je suis bien sûr déçue d’en arriver là, mais pas surprise », explique-t-elle, estimant que les difficultés actuelles découlent principalement de la façon dont le gouvernement finance les déplacements collectifs en région.

Selon la mairesse, Intercar offre depuis plusieurs années cette liaison à perte. Jusqu’à maintenant, le modèle de financement permettait notamment de maintenir certaines lignes déficitaires grâce aux revenus générés par d’autres trajets plus rentables. Or, la pression financière s’accentue et fragilise la pérennité du service.

Remise en question

Pour Nichèle Compartino, le problème dépasse donc la situation d’un transporteur privé. Elle remet en question un système qui demande à une entreprise commerciale d’assumer les coûts d’un service qui répond, selon elle, à un besoin collectif. « Elle offre un service que moi, j’estime un service essentiel », souligne-t-elle, en parlant d’Intercar.

Lien indispensable pour les déplacements

La liaison entre Saint-Félicien et Chibougamau représente bien davantage qu’une option pour les déplacements de loisirs. Elle permet notamment à des résidents du Nord-du-Québec de rejoindre le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour des rendez-vous médicaux et pour accéder à des services indisponibles dans leur région.

La mairesse insiste également sur la situation des personnes qui ne possèdent pas de voiture et qui dépendent du transport collectif pour se déplacer d’une région à l’autre.

La disparition de cette liaison risquerait ainsi de compliquer les déplacements d’une partie de la population, particulièrement pour les personnes qui doivent parcourir de longues distances afin d’obtenir des soins ou des services spécialisés.

Nichèle Compartino reconnaît qu’Intercar demeure une entreprise privée avec ses propres impératifs financiers. Elle estime toutefois que le financement public devrait tenir compte de la nature du service rendu à la population et des réalités géographiques des régions éloignées.

Une mobilisation auprès de la Commission

La municipalité compte faire valoir sa position auprès de la Commission des transports du Québec, qui doit autoriser ou refuser la demande d’Intercar. « Bien sûr que nous, on va s’opposer à ça », affirme la mairesse, qui prévoit manifester la position de Chibougamau au cours des prochains mois.

Par ailleurs, la recherche d’une solution régionale apparaît nécessaire. Selon Nichèle Compartino, le transporteur Maheux, qui assure notamment une liaison avec l’Abitibi, fait face à des difficultés comparables. Les échanges avec les entreprises concernées pourraient donc contribuer à une réflexion dépassant le seul corridor entre Chibougamau et le Saguenay.

La mairesse renvoie également à une étude publiée à la fin de 2023 par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui analyse la crise du transport interurbain par autobus au Québec. Elle estime que les constats de cette recherche correspondent aux difficultés vécues actuellement dans sa région.

À ses yeux, le financement du transport collectif demeure mal adapté aux besoins des territoires éloignés, contrairement aux mécanismes déployés dans les milieux urbains.

La menace qui pèse sur la liaison entre Saint-Félicien et Chibougamau relance ainsi une question fondamentale : comment maintenir des services de transport indispensables lorsque leur rentabilité commerciale ne suffit plus à justifier leur exploitation?

Pour Nichèle Compartino, la réponse passe par une prise en compte accrue des besoins régionaux et par une responsabilité collective envers les citoyens qui dépendent de ces liaisons.

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