Entre obligation réglementaire et réalité du terrain, la demande de la Ville de Matagami d’imposer une licence aux propriétaires de chiens met en lumière un malaise plus profond. Derrière la question du cout, les citoyens dénoncent surtout l’absence de services animaliers, la gestion de l’errance féline et les enjeux de sécurité liés à la cohabitation avec la faune sauvage, réclamant des actions concrètes et des engagements clairs de la part de la municipalité.
Depuis plusieurs jours, le mécontentement se fait sentir sur les réseaux sociaux locaux de Matagami, notamment sur le groupe Facebook Forum Matagami à la suite de l’envoi d’une lettre de la Ville demandant aux propriétaires de chiens de se procurer une licence obligatoire. Selon la missive transmise aux citoyens possédant des animaux, cette licence devra être achetée d’ici le 1er mars 2026, à défaut de quoi les contrevenants s’exposent à une amende variant entre 250 $ et 750 $.
Si l’obligation d’une licence pour chiens n’est pas nouvelle dans plusieurs municipalités québécoises, son application à Matagami soulève toutefois de nombreuses interrogations. Plusieurs citoyens disent mal comprendre pourquoi ils doivent payer pour un service qu’ils jugent inexistant ou insuffisant. Le manque de services animaliers et l’absence de réponses claires de la part de la Ville figurent au cœur des critiques.
Un des problèmes les plus souvent soulevés concerne la présence de chats errants dans certains secteurs de la ville. Depuis plusieurs mois, ces chats causent divers désagréments aux résidents, notamment des marquages urinaires sur les galeries et les terrains, leur présence sous les patios et des contacts fréquents avec des animaux de compagnie vaccinés. Plusieurs citoyens affirment également que cette errance féline contribue à attirer des animaux sauvages à proximité des résidences, surtout des loups.
La présence de loups dans des quartiers résidentiels a d’ailleurs été rapportée à plus d’une reprise. Une citoyenne raconte s’être retrouvée face à face avec un loup un matin en sortant son chien sur son terrain. « Il était à 4 pieds de mon chien et il était en mode chasse. Une chance que je l’aie vu sinon mon chien se serait fait attaquer sur son propre terrain. » Selon elle, cette situation illustre le sentiment d’insécurité vécu par certains résidents, qui estiment devoir gérer seuls des enjeux dépassant largement le simple cadre de la cohabitation avec des animaux domestiques et la faune jamésienne.
Les loups ne représentent toutefois pas un cas isolé. Plusieurs résidents rappellent que Matagami a déjà dû faire face à la présence de renards en milieu urbain, ainsi qu’à une période où plusieurs ours avaient été observés à l’intérieur même de la ville. Selon eux, ces situations ont souvent été prises en charge directement par les citoyens, qui ont dû apprendre à vivre avec la faune sauvage ou à s’en occuper eux-mêmes, faute de services municipaux adaptés.
Historiquement, un service de contrôle animalier existait à Matagami, mais celui-ci reposait sur des pratiques aujourd’hui interdites au Québec, notamment le gazage des animaux non réclamés. Depuis l’abandon de ces méthodes, aucun service permanent de remplacement ne semble avoir été mis en place, ou du moins mis de l’avant par la municipalité, ce qui alimente la frustration actuelle.
La question de l’équité est également au centre des discussions. Plusieurs citoyens ne comprennent pas pourquoi la licence obligatoire vise uniquement les chiens et non les chats. Dans un contexte marqué par une problématique d’errance féline, plusieurs estiment que les chats devraient eux aussi être identifiés, par exemple, par une médaille municipale ou un autre moyen de repérage.
L’utilisation des sommes perçues soulève également de nombreuses questions. Une citoyenne exprime un sentiment largement partagé en affirmant : « Je n’ai pas de problème à payer. Je paye pour l’eau, je paye pour les infrastructures, mais là je vais payer ça pour mon chien et ça s’en va où ? Il n’y a pas de projet d’infrastructure pour les animaux. Il n’y a même pas de distributeurs de sacs à caca dans la ville à part un dans le centre-ville. Elle va aller dans quoi, l’argent qu’on doit donner pour une licence ? »
Lori Larouche, citoyenne de Matagami reconnue pour son franc-parler, propose pour sa part plusieurs pistes de solutions concrètes. « La Ville pourrait, sur un des terrains qui lui appartient, faire une petite bâtisse dans laquelle il y aurait un service de contrôle animalier, un endroit où on peut aller porter les animaux qu’on trouve », explique-t-elle. Elle suggère aussi la mise en place de services de coupe de griffes à domicile, comme cela se fait ailleurs en Jamésie, ou encore l’installation de stations de toilettage autonomes où les citoyens pourraient payer pour les produits et les couts d’entretien.
D’autres citoyens rappellent qu’il n’existe actuellement aucun endroit où les chiens peuvent circuler sans laisse, alors même que des amendes peuvent être imposées en cas de non-respect de la réglementation. « On n’a même pas d’endroit où on peut lâcher nos chiens sans laisse, et pourtant tu peux avoir une amende si ton chien se promène sans laisse. Alors où est-ce qu’on peut les faire courir et socialiser, nos animaux ? », souligne une citoyenne.
Au-delà des services, plusieurs estiment que la Ville pourrait jouer un rôle plus actif en matière d’éducation et de sensibilisation. Selon eux, tous les chiens ne correspondent pas à tous les modes de vie et un manque d’information peut mener à des situations problématiques qui peuvent impacter très négativement des petites communautés comme Matagami, tant pour les animaux que pour les propriétaires. Les citoyens ne veulent pas attendre qu’un chien attaque un enfant ou pire. Ils jugent qu’il serait important de sensibiliser les propriétaires de chiens à ce sujet.
Devant l’absence de réponses jugées satisfaisantes, des citoyens ont entrepris de faire circuler une pétition qu’ils comptent transmettre à la Ville de Matagami. Plusieurs ont également fait parvenir des lettres à l’administration municipale afin de questionner le projet, de même que les modalités entourant la distribution et l’achat des licences. La majorité d’entre eux précisent ne pas être fondamentalement opposés à la mesure, mais déplorent plutôt le manque d’écoute de la Ville face aux changements qu’ils souhaitent voir apportés en matière d’animaux domestiques et de cohabitation entre les Matagamiens et leurs compagnons à quatre pattes.
Par cette démarche, ils souhaitent obtenir des engagements clairs et un réinvestissement transparent et concret des sommes perçues dans le domaine du bienêtre animal, des potentiels services de contrôle animalier et de la sécurité de la communauté.


