« Les Québécois reconnaissent l’importance de l’activité minière, mais doutent du respect des règles et de l’influence des communautés envers les décisions de l’industrie. » Ce constat découle d’une première vaste étude menée à travers le Canada afin d’établir le Baromètre de l’acceptabilité sociale du secteur minier 2025.
Il s’agit d’un premier baromètre du genre au Canada. L’étude, rendue publique à la mi-novembre, a été réalisée entre la fin aout et la mi-septembre auprès de 4 811 répondants canadiens. Les coauteurs sont Marc-Olivier Fortin et Kieran Moffat.
Les résultats ont permis aux coauteurs de dégager trois constats. « Il existe des différences entre les régions minières et les grandes villes du Québec, la règlementation est adéquate, mais les Québécois n’ont pas confiance qu’elle est mise en application et les Premières Nations ont confiance lorsqu’elles sont engagées. »
Pire score
« Un des éléments qui est assez impressionnant, c’est l’écart que le Québec a avec les autres provinces au niveau d’une panoplie d’indicateurs, notamment la confiance et l’acceptabilité envers l’industrie minière. Le caractère distinct du Québec ressort dans cette étude », souligne en entrevue le coauteur Marc-Olivier Fortin.
Dans ce rapport, on peut lire que le Québec affiche un niveau d’acceptabilité (3,28/5) et de confiance (2,61/5) qui sont non seulement inférieurs à la moyenne canadienne, mais qui sont les pires scores des provinces canadiennes.
On peut y lire que les Québécois reconnaissent la valeur économique de l’activité minière, mais (qu’ils) demeurent sceptiques quant au respect des règlementations et à la gouvernance du secteur. Cette perception s’explique notamment par une forte mobilisation environnementale dans les grandes villes du Québec et des attentes élevées envers les institutions, selon les coauteurs. « Plusieurs s’interrogent sur qui tire avantage de cette situation : industrie, gouvernement ou communautés locales et si les gains économiques à long terme compensent les couts environnementaux. (…) Le Québec affiche l’un des plus faibles niveaux de confiance au pays envers la règlementation du secteur minier. »
Licence sociale
Pour M. Fortin, l’acceptabilité sociale est à la base de tout. « C’est la licence sociale d’opérer. L’industrie minière et la confiance et l’acceptabilité des communautés doivent aller de pair. C’est lorsque cette confiance est installée et cette acceptabilité est bien implantée que l’industrie peut travailler avec les populations locales pour développer de nouveaux projets structurants pour le pays. »
Selon ses propos, les gens sont davantage préoccupés par le processus de consultation lui-même que les impacts des compagnies minières. « Les populations veulent sentir qu’elles ont une influence, qu’elles peuvent prendre leur destin en main. (…) C’est pour cette raison que, par exemple, les comités de suivi des compagnies minières avec les communautés sont d’autant plus importants. »
Bémol
Il ajoute avoir un bémol face aux résultats autochtones. « À travers le travail que nous faisons chez Transfert (l’une des deux firmes ayant réalisé le sondage, l’autre étant Voconiq), on ne peut que constater que certaines populations autochtones sont détachées du processus de consultation et ne participent (pas) à des études comme la nôtre. Ceci étant dit, les Autochtones qui ont répondu à notre enquête jugeaient que leur niveau de consultation était adéquat. »
Selon l’étude, les participants des Premières Nations font davantage confiance à l’industrie lorsqu’ils sont engagés par des ententes formelles, tandis que le grand public estime que les communautés des Premières Nations ont trop peu d’influence sur les décisions minières.
L’étude dénote également une autre disparité. « Ce qu’on observe, c’est un écart entre la réalité des gens concernés et la perception de la population quant au processus de consultation de l’industrie minière. (…) Par exemple, les gens situés dans des régions minières ont une plus grande confiance envers l’industrie minière que ceux situés en milieu urbain. »
Un baromètre utile
« On espère que les différents acteurs qui gravitent autour de l’industrie minière puissent s’inspirer des résultats pour influencer leur plan d’action afin d’améliorer la confiance et l’acceptabilité que la population porte envers l’industrie minière. Dans notre baromètre, il y a des pistes de solutions autant pour le gouvernement que les joueurs de l’industrie, que les Premières Nations et que la population en général », conclut monsieur Fortin.


