C’est le 14 juillet dernier que Christine Beaupré a été condamnée à une sentence de deux ans moins un jour, à purger dans la collectivité, après avoir été reconnue coupable à deux des cinq chefs d’accusation de fraude portés à l’endroit du Camping Opémiska. L’organisation, victime de cette fraude de plusieurs centaines de milliers de dollars, a le sentiment que la justice l’a oubliée.
Christine Beaupré, ancienne présidente du conseil d’administration du Camping Opémiska, a reconnu sa culpabilité à deux des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre elle. Au total, cinq accusations de fraudes, visant une somme de 400 000 $ sur une période de 2 ans et demi, avaient été déposées. Toutefois, selon les explications fournies par la procureure de la Couronne aux responsables de l’organisation, les preuves obtenues ne pouvaient prouver les faits hors de tout doute raisonnable que deux chefs d’accusation, pour une fraude de 242 800 $.
À la suite d’une suggestion commune, elle ne sera pas incarcérée et purgera une peine de deux ans moins un jour dans la collectivité. Elle sera assignée à sa résidence 24 heures sur 24 pendant les huit premiers mois, puis devra respecter un couvre-feu pour le reste de la sentence. Le tribunal ne lui a imposé aucun remboursement.
Déception
Dans une lettre ouverte envoyée au journal, plusieurs membres, bénévoles et administrateurs du Camping Opémiska disent demeurer avec un profond sentiment d’incompréhension.
Tant d’efforts, de temps et d’énergie ont été consacrés à remettre l’organisation sur pied après les événements qu’ils considèrent cette peine comme beaucoup trop clémente.
Dans leur publication, la coopérative rappelle que madame Beaupré a été l’auteure d’une fraude de 242 800 $, alors qu’elle occupait un rôle de confiance au sein du camping. Pour plusieurs, le fait qu’elle puisse purger à domicile, voire dans sa luxueuse roulotte au camping, donne l’impression que les conséquences imposées ne reflètent ni l’ampleur du préjudice ni le stress vécu par les personnes lésées.
“Quel message cette décision envoie-t-elle aux citoyens qui s’investissent bénévolement? Quel effet dissuasif une telle peine peut-elle réellement avoir pour les auteurs de crimes économiques commis contre des organismes sans but lucratif? Ce sont des questions légitimes que plusieurs se posent aujourd’hui”, estiment la présidente et le vice-président de la coopération du camping Opémiska, Johanne Henry et Guy Lafrenière.
Février 2021
Les faits reprochés à Mme Beaupré se sont produits en pleine pandémie et à la suite des feux de 2023. L’ancienne présidente a profité de cette période et de son statut pour isoler l’administration du camping et cacher ses méfaits durant environ trois ans. Pendant toute cette période, elle annule toutes les réunions et refuse systématiquement de fournir les documents financiers aux membres. Selon l’organisation, pendant ce temps, elle s’était créé un compte fournisseur et utilisait de l’argent du camping pour des dépenses personnelles, notamment par le biais de fausses factures via des soumissions. Une partie de l’argent aurait été dépensée dans le jeu. L’accusée a d’ailleurs suivi une thérapie pour le jeu afin de préparer sa défense.
Expulsion
La réception d’une lettre du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, ordonnant au Camping de quitter et de remettre le terrain dans son état d’origine, a été l’élément déclencheur ayant permis de découvrir le pot aux roses.
Après vérification, les membres du conseil d’administration ont constaté que l’organisation devait de 300 000 $ en comptes impayés aux gouvernements, aux municipalités, à Hydro-Québec ainsi qu’à plusieurs fournisseurs. C’est à la suite de ces découvertes qu’une plainte a été déposée à la Sûreté du Québec.
Depuis, l’organisme sans but lucratif a été fermé et une coopérative a été créée. Chaque membre saisonnier a investi 2 000 $ pour un total de 160 000 $. Avec l’aide de diverses organisations et le travail acharné des membres, toutes les dettes et créances ont été remboursées. Jusqu’à cet été, les membres de la coopérative ont travaillé bénévolement pour maintenir les opérations du camping.
“Aujourd’hui, la coopérative est saine et fonctionnelle. Pour la première fois, le camping a les moyens d’embaucher des employés rémunérés”, a souligné Guy Lafrenière.


