Les enjeux municipaux, l’itinérance, la santé, le développement minier et l’immigration ont été au cœur du débat réunissant les trois principales candidates d’Ungava, le 18 septembre, au Club de golf de Chibougamau. Organisée par la Chambre de commerce Chibougamau-Chapais, la rencontre a permis à Amélie Béchard, de la Coalition avenir Québec, Sandrine Rioux, du Parti libéral du Québec et Sonia Caron, du Parti québécois, de présenter leurs engagements et de confronter leurs positions sur plusieurs dossiers régionaux et nationaux.
Après une présentation initiale de cinq minutes chacune, les candidates ont été appelées à répondre à six questions portant principalement sur les enjeux socioéconomiques du Nord.
Des municipalités aux prises avec le déclin démographique
La première question portait sur les moyens que pourrait prendre le gouvernement afin d’aider les municipalités jamésiennes à composer avec les conséquences du déclin démographique sur leurs budgets.
Pour Sonia Caron, il faut revoir les règles afin de mieux tenir compte de la réalité nordique. « On veut évaluer différemment les règles. On veut que tout ce qui transige par le Nord soit adapté », a-t-elle soutenu. Selon elle, les mesures de redistribution de la fiscalité proposées par le Parti québécois permettraient notamment de réduire la pression sur les contribuables jamésiens.
Sandrine Rioux a pour sa part lié la situation démographique aux enjeux de logement et de services. Elle a rappelé l’engagement libéral de construire 100 000 logements par année et a dit vouloir accompagner les municipalités dans
leurs discussions concernant une fiscalité adaptée aux régions nordiques.
La candidate libérale a également évoqué la création d’un fonds destiné aux collectivités minières et la nécessité de réinvestir dans les infrastructures, notamment dans les réseaux d’eau potable et les routes.
Amélie Béchard a de son côté mis l’accent sur les retombées du secteur minier. Elle a indiqué que les redevances minières versées aux régions ressources seraient doublées afin de permettre davantage d’investissements dans les infrastructures.
Elle a également fait référence à un projet de compensation financière lié au navettage, notamment pour les travailleurs des minières et d’Hydro-Québec.
L’itinérance : des mesures d’urgence réclamées
La question de l’itinérance et de la cohabitation sociale au centre-ville de Chibougamau a ensuite donné lieu à un échange plus directement axé sur les mesures à mettre en place. Sandrine Rioux a annoncé que le PLQ investirait 60 millions de dollars dans la lutte contre l’itinérance, notamment afin de bonifier les services en santé mentale et en hébergement. Elle propose également la tenue d’un sommet national sur l’itinérance. « En ce moment, c’est un sujet qui se perd entre les craques du divan et ce sont les acteurs de première ligne qui tombent avec ça dans leur cour », a-t-elle déclaré.
Amélie Béchard a rappelé une demande de financement de 220 000 $ visant l’embauche d’un intervenant à Chibougamau. Elle s’est engagée à poursuivre le travail déjà entrepris par le député sortant.
Sonia Caron a pour sa part plaidé pour une meilleure coordination entre les différents acteurs gouvernementaux et communautaires. Elle souhaite notamment réunir autour de la même table les secteurs de la sécurité, de la santé et les organismes communautaires, tout en impliquant le gouvernement de la nation crie.
Elle a rappelé l’engagement du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon de mettre en place, dans les 100 premiers jours d’un gouvernement péquiste, des mesures visant notamment à assurer un toit et un accompagnement psychosocial aux gens qui en ont besoin.
Santé : adapter le modèle aux réalités nordiques
L’accès aux soins et la rétention du personnel ont également occupé une place importante dans le débat. Amélie Béchard a notamment souligné que la région avait réussi à conserver une main-d’œuvre indépendante permettant, selon elle, de maintenir des services dans les établissements de santé. Elle a aussi évoqué la nécessité d’assurer un meilleur équilibre salarial entre les deux zones sociosanitaires du Nord.
Sonia Caron a vivement critiqué les effets de la loi 2 sur les travailleurs de la santé dans le Nord, affirmant que les médecins rencontrés lui avaient fait part de difficultés importantes. La candidate péquiste estime également que le vieillissement de la main-d’œuvre médicale représente un enjeu important. Elle propose des paramètres adaptés aux régions éloignées et la création d’un comité de coordination consacré aux réalités du Nord.
Sandrine Rioux a pour sa part misé sur un panier de services stable, la télémédecine et davantage de prévention. Elle souhaite notamment augmenter la part du budget de la santé consacrée à la prévention.
Développement minier et délais de permis
Sur le développement minier, les trois candidates se sont entendues sur l’importance du secteur pour l’économie régionale, tout en proposant des approches différentes pour accélérer les projets.
Sonia Caron a souligné les délais entourant l’obtention des permis et a cité le cas de Goldfields, dont les activités ont été interrompues en raison de permis qui n’auraient pas été délivrés. Elle souhaite revoir le système en coordonnant davantage l’action gouvernementale et en travaillant « main dans la main avec les communautés cries et inuit ».
Sandrine Rioux a elle aussi insisté sur les délais dans le secteur minier. Elle a affirmé que 46 % des acteurs du milieu minier avaient dénoncé leur augmentation et rappelé qu’il faut actuellement plusieurs années avant qu’une mine atteigne le stade de l’exploitation. Elle mise également sur un allègement des contraintes.
Pour Amélie Béchard, des allègements réglementaires ont déjà été mis en place par le gouvernement. Elle estime toutefois qu’il faut diminuer les différents paliers administratifs impliqués dans l’octroi des permis et rapprocher certaines décisions du niveau local. Elle a également insisté sur l’importance d’améliorer la communication avec les Cris et de travailler sur l’acceptabilité sociale des projets.
Immigration et main-d’œuvre
Les besoins des entreprises en matière de main-d’œuvre immigrante ont également fait l’objet de discussions.
Sonia Caron a présenté la région comme un modèle d’intégration, tout en estimant que le fonctionnement du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration devait être revu afin de mieux répondre aux réalités régionales.
Sandrine Rioux a proposé de laisser davantage de latitude aux régions pour déterminer leurs besoins en immigration. La PLQ souhaite également investir 138 millions de dollars dans les cours de francisation et réduire les délais d’accès à ces services.
Amélie Béchard a reconnu que les PME de la région avaient besoin de travailleurs immigrants, mais estime que le système actuel, particulièrement en matière de francisation, doit être amélioré. Elle a également souligné la complexité des responsabilités partagées entre Québec et Ottawa.
Décentraliser pour maintenir les services
En conclusion, les candidates ont été questionnées sur les moyens de stimuler l’économie régionale et d’éviter que les services ne continuent de se concentrer dans les grands centres.
Amélie Béchard a défendu une plus grande décentralisation. « Je crois en la décentralisation pour qu’on puisse choisir nous-mêmes où investir l’argent pour garder notre monde ici », a-t-elle déclaré.
Sonia Caron a notamment mis de l’avant des mesures touchant le coût de la vie, une réduction d’impôt pour les PME et une diminution du coût de l’essence. Elle a également parlé d’allègement de la charge fiscale pour les entreprises minières et de redistribution aux ménages à faible revenu.
Sandrine Rioux a pour sa part parlé de relance des collectivités et d’investissements dans les infrastructures existantes. Elle a notamment évoqué un réinvestissement de 75 % du budget consacré aux infrastructures ainsi que des redevances destinées aux collectivités minières.
Au fil des échanges, les trois candidates ont ainsi présenté des approches différentes, mais ont toutes insisté sur la nécessité d’adapter les politiques gouvernementales aux réalités particulières de l’Ungava, notamment en matière d’infrastructures, de services publics, de main-d’œuvre et de développement économique.
Le débat s’est ensuite poursuivi par une période de questions du public. Les personnes présentes ont pu interpeller les trois candidates sur différentes thématiques touchant directement la réalité de l’Ungava et de la communauté de Chibougamau-Chapais. Les échanges ont ainsi permis d’aborder d’autres préoccupations régionales et de poursuivre les discussions amorcées durant le débat. Le débat est disponible sur la page Facebook de la Chambre de commerce de Chibougamau-Chapais.


