La Baie-James, un voyage qui transforme le regard

Le photographe a passé des nuits sur une minimaison flottante au lac Waconichi. (Crédit photo : Eeyou Istchee Baie-James - Paul Dussault)

Un périple en solo de Montréal à Chisasibi a permis au photographe, Paul Dussault, de découvrir les grands espaces d’Eeyou Istchee Baie-James, mais aussi la richesse des communautés cries, les traces de l’histoire québécoise et les défis environnementaux qui façonnent le territoire nordique.

Invité en juillet dernier par Tourisme Baie-James, le voyageur a parcouru plus de 3 000 kilomètres en près de deux semaines. De Chibougamau à Radisson, en passant par Matagami, Wemindji et Chisasibi, son itinéraire lui a fait découvrir une région où les distances imposent un autre rythme et où les imprévus font partie de l’aventure.

Des routes au cœur des grands espaces

Première étape du parcours, Chibougamau représente bien davantage qu’une porte d’entrée vers le Nord.

« Son nom, qui signifie « lieu de rassemblement » en langue crie, témoigne de son rôle de carrefour régional », a-t-il rappelé dans son récit.

Paul Dussault souhaitait ensuite emprunter la route du Nord vers Nemaska, mais les feux de forêt de 2023 ont forcé la fermeture de cet axe de plus de 400 kilomètres. Il a donc modifié son parcours en passant par la route 113, entre Chibougamau et Matagami, avant de rejoindre la route Billy-Diamond.

Longue de plus de 600 kilomètres, cette dernière traverse un vaste territoire forestier où les possibilités de ravitaillement demeurent limitées. Le voyageur y a découvert l’immensité de la taïga, croisé un ours noir et pris la mesure des distances qui séparent les communautés. Le paysage, la solitude et l’absence de services sur de longues portions de route contribuent à faire de ce parcours une expérience bien différente des circuits touristiques traditionnels.

L’épisode des feux lui a également rappelé la vulnérabilité des régions nordiques aux changements climatiques. « Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement s’y manifeste à un rythme particulièrement soutenu. Les voyageurs doivent donc composer avec des conditions imprévisibles susceptibles de modifier leurs plans, tandis que les communautés locales s’adaptent à cette nouvelle réalité. »

À la rencontre des communautés cries

Au-delà des paysages, les rencontres ont marqué le voyage. À Wemindji, Paul Dussault a pris part aux festivités du 65e anniversaire de la communauté, située au bord de la rivière Maquatua.

À Chisasibi, il a aussi assisté au Mamoweedow, un rassemblement annuel tenu sur l’ile de Fort George. Ces expériences lui ont permis de mieux saisir l’importance de respecter les communautés, leurs traditions et leur rythme de vie.

Pour le voyageur, découvrir Eeyou Istchee Baie-James ne consiste pas à accumuler les activités, mais plutôt à prendre le temps d’écouter et d’observer. « L’éloignement favorise les échanges et invite les visiteurs à aborder les rencontres avec humilité, sans chercher à imposer leur présence. »

Un chantier qui a façonné le Québec

À Radisson, la visite de l’aménagement Robert-Bourassa, autrefois connu sous le nom de LG2, a constitué un autre temps fort. Ce complexe hydroélectrique rappelle l’ampleur du développement énergétique entrepris dans les années 1970 et l’importance de ces installations dans la construction du Québec moderne.

« Ce chantier majeur porte toutefois une dimension historique incontournable : la mobilisation des Cris, menée notamment par Billy Diamond, qui a contribué à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et à la reconnaissance de droits autochtones. La visite permet ainsi de mieux comprendre les retombées du développement hydroélectrique, mais aussi les enjeux sociaux et politiques qui l’ont accompagné », ajoute-t-il.

Des souvenirs qui dépassent les kilomètres

Au terme de son périple, Paul Dussault retient autant les grands ouvrages que les plaisirs simples : le ciel étoilé, les rivières, les forêts, les couchers de soleil et les nuits passées sur une mini-maison flottante au lac Waconichi.

Son voyage lui laisse surtout une conviction : il n’est pas nécessaire de franchir les frontières du Québec pour vivre une expérience marquante. En Eeyou Istchee Baie-James, l’immensité du territoire, la nature et les rencontres invitent à ralentir, à sortir des itinéraires trop planifiés et à porter un regard différent sur le territoire et ses habitants.

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