IsoEnergy procéderait actuellement à des activités minières, dont du forage, sur le site du Projet Matoush, malgré l’opposition des Cris à toute exploitation uranifère.
IsoEnergy, la compagnie qui possède les droits du fameux gisement d’uranium Matoush, dans les monts Otish, a rempli un formulaire du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) où elle explique planifier des travaux sans impact de géochimie et de géophysique et des études de forages, du 8 au 30 juin, avec une équipe de 10 à 12 travailleurs et un hélicoptère. Elle annonce aussi le prélèvement de 500 à 1 000 échantillons d’épinette noire. Le MRNF ne peut confirmer la présence de la compagnie et celle-ci n’a pas répondu aux appels de La Sentinelle.
Dans le formulaire, IsoEnergy fournit un compte-rendu du travail effectué dans les monts Otish durant les trois dernières années, alors qu’elle employait plusieurs membres de la Première Nation de Mistissini.
Minerai critique?
Le chef de Mistissini, Michael Petawabano assure ne pas être au courant de la présence d’IsoEnergy à Matoush cette année et les précédentes, bien qu’il savait que la minière cherchait à reprendre les activités d’exploration cet été. « Ils disent qu’ils viennent pour d’autres minéraux », rapporte le chef Petawabano. « Ils se foutent de notre gueule. […] Ils ont demandé à nous rencontrer. Nous leur avons envoyé une lettre et nous leur avons dit non, nous ne voulons pas nous asseoir avec vous et vous rencontrer. »
Ce sont les termes « minéraux critiques » qui apparaissent sur le formulaire du Service de la gestion des droits miniers du MRNF. Le mot « uranium » n’y apparaît nulle part. IsoEnergy est une compagnie spécialisée dans l’uranium. Dans un dépliant corporatif paru en juin 2026, la minière présente Matoush comme un des meilleurs sites uranifères au Canada hors du bassin de l’Athabasca (Saskatchewan). L’uranium fait partie de la liste canadienne des minéraux critiques mais pas de la liste québécoise.
IsoEnergy possède aussi le gite Dieter Lake dans le Nord-du-Québec.
Des subterfuges
Selon le co-responsable du programme national Mining Watch Canada, Rodrigue Turgeon, il y a actuellement une résurgence de l’industrie uranifère au Québec, et celle-ci a tendance à utiliser des subterfuges pour masquer ses objectifs réels. Il en veut pour exemple le cas de Strange Lake (frontière du Nunavik et du Labrador), qui se présente aujourd’hui comme un projet de terres rares alors qu’il s’agit à l’origine d’un projet uranifère, et que l’uranium sera inclus dans l’extraction.
Selon un porte-parole du MRNF, « aucune mine d’uranium n’a été exploitée au Québec jusqu’à présent et il n’y a présentement aucun projet de mise en valeur pour l’uranium au Québec. »
Le Grand Conseil des Cris et la Première Nation de Mistissini se sont opposés à l’exploitation de Matoush par son propriétaire initial, en 2010, cette opposition a été réitérée en 2021 lors de l’acquisition de Matoush par International Consolidated Uranium, qui devait ultérieurement fusionner avec IsoEnergy.
Elle a été encore répétée le 12 juin dernier. « Il n’y aura pas de discussion liée à l’exploration ou développement de projets d’uranium sur ou autour des terres de Mistissini, a déclaré le chef Michel Petawabano. Pour être clair, le chef et le conseil ont unanimement décidé qu’aucune exploration uranifère ou développement ne seront permis sur le territoire cri traditionnel. »
« Le leadership demeure ferme en maintenant cette position contre toute proposition potentielle ou toute pression externe », précise le chef adjoint John S Matoush. Cette position solide reflète un engagement clair à sauvegarder l’intégrité environnementale, le patrimoine culture cri et le bien-être futur de la communauté. »
En entrevue avec La Sentinelle, le chef Petewabano s’est dit opposé à n’importe quelle exploitation minière dans les monts Otish, dont l’eau souterraine approvisionne de nombreux lacs et rivières d’Eeyou Istchee. Sa défaveur est encore plus marquée envers l’uranium et sa radioactivité.
Usage militaire
Selon Rodrigue Turgeon, de Mining Watch Canada, rien dans la procédure d’information sur les travaux d’exploration minière n’interdit à une compagnie de réaliser ses travaux même si la communauté s’oppose au projet.
« On dénonce ça depuis toujours, souligne M. Turgeon. […] La particularité de ce dossier, […] c’est que c’est un projet qui a été refusé après des luttes qui se sont étirées sur des années devant les tribunaux, jusqu’en Cour suprême. Ça a toujours été clair qu’il n’y aurait pas de développement d’uranium dans Eeyou Istchee. C’est une insulte suprême que cette compagnie revienne à la charge. C’est le moment où le gouvernement doit fermer la porte à tout développement uranifère au Québec, pas seulement à Matoush. »
Mining Watch dénonce l’utilisation croissante de l’uranium à des fins militaires et ses impacts sur la santé et l’environnement, ajoutant que les énergies renouvelables sont rendues beaucoup plus abordables que l’énergie nucléaire.
Selon Ottawa, le Canada est le deuxième plus grand producteur et exportateur d’uranium au monde, comptant 24 % de la production mondiale en 2024. Tout l’uranium canadien provient de la Saskatchewan.


